Atila

Diplômé d’architecture de l’Université de Stuttgart, dans la tradition du Bauhaus, Atila se consacre à sa vraie passion: la peinture. Il s’établit en 1959 à Paris, où il épouse en 1963 Lila Lakshmanan, née de père indien. Ils feront ensemble des séjours en Inde, pays qu’il a profondément aimé. Naturalisé français en 1970, Atila poursuit à Paris son travail d’architecte à mi-temps jusqu’à fn 1973, pour ensuite se consacrer entièrement à la peinture jusqu’à sa mort, survenue prématurément le 22 mars 1987, à l’âge de cinquante-six ans.

Son travail, très personnel, est entièrement dominé par la poésie faisant apparaître d’étranges personnages: Anges, Astronautes… Le tout se trouve magnifé par un espace sidéral brûlant des feux du prisme solaire. Ces apparitions nous interrogent autant que nous sommes conviés à les interroger à notre tour. Le monde d’Atila respire résolument l’air raréfié d’espaces élargis au cosmos. Il s’illumine des couleurs pures de l’arc-en-ciel. Il se trouve des affinités spontanées aussi bien avec la Bible et les mythologies antiques qu’avec les poètes contemporains. Son humanité, transfigurée en allégories des temps modernes, en projections fantasmatiques, échappe aux repères du quotidien, pour épouser la fluidité et le côté à jamais insaisissable du Monde des Essences.

Ces figures se soumettent d’abord aux dures lois d’incessantes métamorphoses, n’apparaissant plus qu’en mouvement et morcelées : les regards, les bouches, les bras ou les jambes apparaissent comme suspendus dans des voiles violemment colorés. Parfois mufles, crocs et griffes apportent une part de sauvagerie, d’effroi ou d’humour dans cet univers ambigu et peu rassurant. D’autres fois, surtout dans les dernières années, des figures moins allusives ou moins soumises à la dislocation se présentent sur l’avant-scène. On découvre des enfants, des femmes ou des couples acrobates, des gardiens ou des guetteurs de l’Espace, des souverains et des reines d’Ailleurs, mais tous campés avec des regards et des personnalités bien différenciées.

Au fond, Atila a su rester fidèle aux ambiguïtés fondamentales de l’humaine existence : ni tout à fait bonnes, ni tout à fait mauvaises, ses figures nous renvoient finalement à nous-mêmes, apportant donc plus de questions que de certitudes. Mais toujours avec une sorte de jubilation mystique, celle, peut-être, des vrais découvreurs. Celle aussi de la grande peinture religieuse italienne qu’il admirait tant. Car la peinture pour lui, et plus particulièrement l’aquarelle, était un risque permanent et ne pouvait conduire qu’à l’inattendu, à une sorte de révélation.