Anne Walker

« Les peintures d’Anne Walker sont des abstractions d’émotions »
Georges Coppel, 1995

Née le 20 septembre 1933 à Boston dans le Massachusetts (États-Unis), Anne Walker a étudié la gravure sur bois au Smith College de Northampton, avec Seong Moy. À Paris, elle a fréquenté l’Académie de la Grande Chaumière à Montparnasse, puis, en 1955, s’est initiée à l’eauforte et à l’aquatinte dans l’atelier de Johnny Friedlaender. En 1956, elle s’est définitivement installée à Paris. Elle s’est fait connaître en France et à l’étranger par ses gravures et ses livres d’artiste qui accompagnent des textes poétiques contemporains ou classiques qu’elle affectionne. À partir de 1986, elle travaille également au pastel sur des fonds préalablement gravés ou travaillés à la gouache. Une monographie par Bernard Noël, Roman de l’émotion ou le Travail d’Anne Walker, est parue chez Présence de l’Art Contemporain, Angers, en 1996.

Le travail d’Anne Walker s’inscrit dans une dynamique de transposition poétique. D’abord parce qu’elle ne peint pas sur le motif, ni d’après des photos, mais de manière très proustienne, à partir d’images intérieures plus ou moins distanciées des réalités qui les ont fait naître. D’autres filtres ont pu jouer également, ceux d’une sensibilité très tonique : « chaque saison », « chaque heure du jour » paraissent toujours lui apporter plus qu’ils ne lui ôtent ; même sombres, les « paysages » d’Anne Walker ne respirent pas la nostalgie. Cela dit, la puissance de sa palette, la liberté d’écriture dont elle fait preuve semblent renvoyer plus ou moins consciemment aux espaces de sa terre natale et aux interprétations vigoureuses qu’en ont donnés les peintres du XIXe siècle. On imagine d’ailleurs que la vivacité de leur lumière et la franchise de leur palette ont pu aider à la prémunir contre les séductions d’une certaine élégance décorative. Sa formule de paysage mental, qui allie transparence et fluidité, douceur et fermeté, doit sa force d’attraction à son originalité profonde. Car si l’artiste reçoit sans doute sa respiration lyrique des libertés que lui ont apportées les abstractions et les expressionnismes modernes, son propos n’est jamais de rompre totalement avec l’énergie libératrice de la Tradition, où elle a l’intelligence et le front de puiser à la convenance de son tempérament.