Edmée Delsol

Dans le travail d’Edmée Delsol, terre et verre alternent joyeusement. Il y a un jeu étonnant entre la stabilité et l’instabilité, une exploration des points-limites jusqu’à trouver le point de fusion de la terre et du verre. Se jouant de la gravité extrême ou de l’extrême légèreté des choses, elle nous convie à quelque agape de l’esprit. Elle marie les deux matières qui génèrent une dynamique formelle et métaphorique.

Elle trouve là, la complémentarité élaborant un rapprochement ; une imbrication étroite entre le convexe et le concave pose la problématique du vide et du plein, de l’endroit et de l’envers comme si elle voulait appréhender les matières sous tous ses angles, multiplier les combinaisons topologiques de chaque pièce, combiner les montagnes et les vallées, la surface en creux de l’ « embarque » et la rondeur des lunes enchâssées.

Son travail évolue selon ce qu’elle vit, dans une continuité, une avancée comme un écoulement; une transcendance émerge et transporte la force expressive d’émotion.

Ses formes minérales bouillonnent, s’activent et se nourrissent d’événements qui s’équilibrent entre audace et raison; les couleurs, étonnamment heurtées parfois, pour un rendez-vous entre la matière et la surface, entre le matériau et l’espace.

Du berceau originel à l’embarquement pour le dernier départ, le thème du voyage est suggéré. La barque comme passeur, la traversée comme progression spirituelle, voyage en soi-même, tension vers le haut dans un élan vital, élévation vers le ciel où l’on est convié à s’engager dans cette fragilité de la vie qui a son berceau dans la matière. Même si nous participons au trajet, même si la signification symbolique prend son sens dans notre vie propre, même si la pièce porte en elle le souvenir d’un passage et d’une résurrection, en tout cas d’une attente, la vérité nous échappe, le sens se cache, la pièce s’empare d’un autre espace,vit sa propre histoire, se déploie jusqu’à devenir poésie.

Edmée Delsol unit savoir et bien-être et, comme le jardinier, se fait plaisir en travaillant. Relayée par l’inconscient, elle associe le spontané et le réfléchi, le cultivé et le sauvage des jardins silencieux dans une relation terre/homme

 » Je modèle en terre l’intégralité de la sculpture. La partie qui reste en terre est cuite en raku, celle qui deviendra verre est directement moulée. De cette façon j’obtiens la continuité de l’épiderme, tracé, griffé, gravé comme un fil de traverse. »

« Fusion et transformation, alchimie du feu, flamme orange, bleue, rouge … mélange du conscient et de l’inconscient, une façon de laisser les choses arriver… transmutation du vert au rouge, feu qui fait devenir la terre pierre, qui évapore l’eau en nuées, qui cristallise…»